ITI-HiSAAR Projet interdisciplinaire 2026-2028De la damnatio memoriae à la cancel culture
C’est sous le titre De la damnatio memoriae à la cancel culture. Réécritures de la mémoire historique et reconfigurations des identités religieuses (textes, espaces, pratiques) que s’ouvre le programme scientifique de l’ITI-HiSAAR 2026-2028.
Par ce projet interdisciplinaire, nous souhaitons explorer la dimension normative de la mémoire collective religieuse, entendue comme un processus dynamique de sélection, d’oubli et de réécriture du passé en lien avec les enjeux du présent. Dans le champ religieux, ce mécanisme se cristallise en une tradition fondatrice où la doctrine, le rite et le texte structurent l’identité du groupe tout en s’adaptant aux mutations historiques.
Le projet de recherche s’articule ainsi autour de la tension entre conservation et évolution du sacré, en analysant notamment :
- Les dynamiques de transformation des identités religieuses, à savoir les processus de construction, déconstruction et reconstruction d’une mémoire collective religieuse (redéfinition des figures fondatrices, reconfigurations rituelles, distanciations des pratiques, restructuration des espaces sacrés ou de tout lieu perçu comme lieu de mémoire) ;
- Les stratégies de manipulation et de légitimation de la mémoire collective religieuse, à savoir les phénomènes d’effacement (damnatio memoriae) et de réinterprétation des récits mémoriels.
S’inscrivant dans une perspective historico-critique, à la fois diachronique et synchronique, ce projet déploie une approche interdisciplinaire transversale mobilisant l’histoire, la philologie, l’archéologie, la sociologie, l’anthropologie ainsi que les sciences des religions.
Ces travaux de recherche entendent, par ailleurs, établir un pont entre les pratiques anciennes d’effacement mémoriel et les débats actuels relatifs à la réévaluation d’héritages perçus comme problématiques (esclavage ; violences et discriminations de genre, de race ou de culture), en examinant :
- La cancel culture et le mouvement woke, appréhendés comme des formes de contestation critique visant à déconstruire les récits historiques « dominants » au profit de mémoires minoritaires ;
- Le révisionnisme, par l’analyse des manipulations de la mémoire historique visant à légitimer ou contester des identités religieuses et sociales.
En somme, ce projet interdisciplinaire ambitionne de comprendre comment la mémoire religieuse, par ses ruptures et ses continuités, demeure un outil puissant de définition identitaire et de régulation sociale face aux crises de légitimité du passé.
Dès septembre, l’agenda de ce projet s’annonce donc riche en rendez-vous scientifiques, proposant une série de colloques internationaux, de journées d’étude, de tables rondes ainsi que des écoles d’été. Ces événements, qui incluent également l’organisation des deux expositions sur le patrimoine religieux, concrétisent le foisonnement interdisciplinaire de l'Institut, tant dans la recherche que dans la formation, sans pour autant négliger l’ouverture à la société.