Rayonnement national et international

L’ITI HiSAAR repose sur le fort potentiel de l’Université de Strasbourg dans le
domaine de la recherche et de la formation sur les systèmes religieux d’hier et
d’aujourd’hui. Les archéologues, les historiens, les philologues, les sociologues, les
anthropologues et les ethnologues strasbourgeois couvrent une longue chronologie,
depuis la préhistoire jusqu’à nos jours, et un large espace, des Amériques jusqu’à
l’Extrême- Orient. Ainsi, un nombre important de systèmes religieux font l’objet de
recherches (chamanismes, religions mésopotamiennes, religions égyptiennes,
védisme, mazdéisme, religions grecques, brāhmanisme, judaïsme, taoïsme, religions
romaines, bouddhisme, vishnouisme, christianisme, shintoïsme, islam, nouvelles
religiosités, etc.), tout comme les thématiques historiques ou contemporaines telles
que la pluralité religieuse, la recomposition des identités religieuses, la régulation
étatique du religieux, la laïcité ou les processus de radicalisation.

 

La mise en place de cet Institut thématique interdisciplinaire, porté par l’UMR 7044 Archimède et par la Faculté des Sciences historiques, va aboutir à des avancées significatives dans la recherche et la formation interdisciplinaires. Une telle structure, vivement attendue depuis des années tant au niveau national qu’au niveau international par l’ensemble de nos collègues non-strasbourgeois – plus de 150 se sont d’ores et déjà engagés dans ce programme de formation et de recherche –, va permettre de créer un pôle scientifique sur l’étude critique du fait religieux qui placera l’Université de Strasbourg au cœur de la recherche et de la formation dans ce domaine en France et plus largement à l’international, et lui donnera les moyens d’accroître également son implication dans les milieux socio-économiques et dans les domaines de la formation et de l’éducation.

Par une approche interdisciplinaire innovante visant à décloisonner les constructions représentatives sur les religions, souvent binaires et idéologiquement orientées (sacré/profane, monothéisme/polythéisme, religion/magie, libéral/intégriste, etc.), l’ITI a pour finalité d’étudier, dans une perspective comparative, les systèmes religieux qui ont existé, ou qui sont aujourd’hui encore vivants, dans leur mode de fonctionnement interne et dans leurs interactions avec leur environnement sociétal. Cette recherche thématique interdisciplinaire et transversale, « Re-structurations religieuses : transformations internes et interactions externes », s’appuie sur 5 axes de recherche et de formation, à savoir : [1] Texte, intertextualité et tradition,

[2] Identités et altérités, [3] Religions et politique, [4] Pratiques rituelles : gestes, objets et représentations,

[5] Sexe, genre et religions.

 

La pluralité des disciplines académiques et la diversité des domaines de recherche dans le domaine des sciences des religions entravent souvent l'interaction entre enseignants et chercheurs d'une même université, surtout lorsque l'institution regroupe plusieurs milliers d'individus. C'est certainement le cas de l'Université de Strasbourg (2 755 enseignants-chercheurs, 35 facultés, 71 unités de recherche), qui dispose d'un important vivier de chercheurs travaillant en sciences des religions (plus que dans la Section des Sciences religieuses de l'École pratique des hautes études de Paris) mais n'a jamais réussi à les réunir, du moins jusqu'à présent.


Pourtant, les tentatives n'ont pas manqué dans l'histoire de l'université. En leur temps, Prosper Alfaric (1876-1955) et Marcel Simon (1907-1986), tous deux professeurs d'histoire comparée des religions, ont connu un certain succès lorsqu'ils ont respectivement rassemblé leurs collègues autour de la question des religions et créé le Centre de recherches d'histoire des religions au sein de la Faculté des Sciences historiques, ce qui a permis à l'Unistra de devenir "l'un des principaux centres d'étude des idées et des systèmes religieux" en France1.


En se focalisant sur les religions, l'ITI HiSAAR va enfin structurer le groupe d'enseignants-chercheurs de Strasbourg et compléter ainsi les autres approches thématiques déjà existantes en France, notamment à Paris. Par exemple, le Labex RESMED (Religions et sociétés dans le monde méditerranéen), soutenu par la Communauté d'universités et d'établissements de la Sorbonne depuis 2011, aborde les thèmes divers de la conversion, de la sanctification et de la destruction des espaces sacrés, des conceptions philosophiques à l'encontre du christianisme, de la médecine, de la musique, des traditions culinaires et même du droit. Le Labex HASTEC (Histoire et anthropologie des savoirs, des techniques et des croyances), soutenu par l'École pratique des hautes études depuis 2011, analyse la corrélation historique entre les savoirs, les techniques et les croyances de l'Antiquité au XXIe siècle. Dans le cadre de l'ITI HiSAAR, il développera une approche historico-critique, comparative et anthropologique du phénomène religieux en s'appuyant sur les compétences interdisciplinaires de ses membres : histoire, archéologie, philologie, anthropologie et sociologie. Grâce à la richesse scientifique de ses membres strasbourgeois, il pourra considérer un vaste ensemble de systèmes religieux dont la longue histoire est caractérisée par des interactions tant doctrinales que spatiales (Amériques - Europe - Méditerranée - Moyen-Orient - Asie du Sud - Asie du Sud-Est - Extrême-Orient).

 

Compte tenu de la qualité et de la quantité d'enseignants-chercheurs strasbourgeois participant à l'ITI HiSAAR ainsi que du soutien apporté par le réseau rhénan proche (EUCOR) et les réseaux européens et internationaux, cette recherche innovante sera à la pointe du savoir et du savoir-faire dans le domaine des études religieuses et ouvrira ainsi de nouvelles perspectives relatives à la compréhension et à l'appréhension du phénomène religieux, y compris dans les sociétés européennes en tant que spectateurs et acteurs.
Cette approche interdisciplinaire et comparative renforcera les programmes de master et de doctorat qui, jusqu'à présent, étaient largement disciplinaires et n'incluaient qu'un ou peut-être deux systèmes religieux. Le savoir-faire dans ce domaine, développé par l'Institut d'histoire comparée des religions de la Faculté des Sciences historiques et par son programme de Master depuis la réforme LMD, et soutenu par le comparatisme sociologique et anthropologique, garantira les processus épistémologiques et méthodologiques utilisés lors des masterclasses et des écoles d'été ou d'hiver.

 

Les conférences, ateliers et congrès organisé au sein de l'ITI HiSAAR nous donneront l'occasion d'inviter des collègues dont les recherches sont hautement reconnues par la communauté scientifique internationale, ce qui contribuera ainsi à renforcer ce pôle d'attraction pour les chercheurs, les post-doctorants et les étudiants de premier cycle aux niveaux local, national, européen et international.


Dans les principaux domaines de ses axes et thèmes transversaux, l'ITI soutiendra des enquêtes et des projets collectifs et attribuera des bourses doctorales et postdoctorales pour des recherches incluant une dimension interdisciplinaire. L'ITI facilitera la collaboration internationale en matière de recherche avec des partenaires du Rhin supérieur et d'ailleurs.


La valorisation et la diffusion de la recherche seront une préocupation forte de l'ITI, permettant à son influence de s'étendre au-delà du monde académique. L'institut sera doté de ressources humaines (dont des compétences techniques) et de matériels dédiés dans le but de produire : une plateforme de données, des outils de formation, des manuels pédagogiques, des cours en ligne ouverts et massifs (MOODLE), notamment à destination des enseignants du secondaire et des autres professionnels impactés par le fait religieux (secteurs sociaux et sanitaires, collectivités locales, etc.) ainsi qu'à des fins d'information et d'autoformation. ) ainsi qu'à des fins d'information et d'auto-formation.

 

De ce fait, les étudiants du master apporteront une contribution à la fois éducative et productive. En effet, une partie de leur évaluation (éventuellement en équipe) pourrait consister à produire des éléments à des fins de diffusion et de vulgarisation - par exemple, des clips vidéo, des questionnaires à choix multiples, des pages web - dont les meilleurs, une fois validés et modifiés, apporteraient une contribution significative à cette composante de vulgarisation.


Cette dynamique collective de chercheurs renforcera, diversifiera et élargira considérablement les partenariats avec les acteurs locaux impliqués dans l'administration locale, le travail social, les prisons, la prévention de la radicalisation, la santé, l'éducation, la formation, la culture, les groupes de bénévoles, le lien social et le dialogue interreligieux et interconfessionnel ; ces partenariats ont déjà été initiés par plusieurs membres de l'ITI via des contrats de recherche et des initiatives de formation. L'ITI répondra également à une demande croissante de vulgarisation des sciences religieuses et de développement d'outils pertinents. Par ailleurs, une collaboration étroite sera également établie avec les acteurs des humanités numériques en partenariat avec la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (Collex Sciences religieuses) et UnivOAK. L'ITI HiSAAR pourra ainsi bénéficier d'un accès privilégié aux collections de manuscrits et d'ouvrages anciens relatifs à la religion, qu'il s'agira de faire connaître et de valoriser à travers ses recherches et l'organisation conjointe de conférences.