Les 5 axes de recherche et de formation

Axe thématique 1 – « Texte, intertextualité et tradition »  Responsables : CUTINO Michele, QUATTROCELLI Luana, REDARD Céline

 

Au centre de cet axe de l’ITI se place la textualité, comme ‘lieu épistémologique’ de rencontre entre tous ceux qui travaillent sur les religions dans une perspective philologico-historique.

Cette perspective sera abordée sous trois opérations de recherche et formation interconnectées :

1) Opération « Textes ». L’étude philologique et rhétorique des textes fondateurs et de leurs élaborations doctrinales, ou théologiques, constituera la base pour une véritable compréhension des faits religieux, permettant d’en affiner la compréhension, l’histoire et les enjeux. En effet, face à des documents fragiles, dispersés et souvent fragmentaires, qui constituent les textes fondateurs des religions, naît avant tout la nécessité d'étudier leurs paramètres, textuels et contextuels, et d'en retracer l’histoire de la transmission, en leur consacrant une activité de recherche et de formation spécifiques, de haut niveau. En effet la compréhension critico-textuelle des textes caractérisant les religions constitue la base incontournable pour une véritable compréhension historique des phénomènes religieux et pour le dialogue entre cultures/groupes religieux différents. Cette étude des textes religieux pourra être conduite de façon complète dans l’ITI proposé, avant tout parce qu’il comprend en son sein un nombre significatif de philologues qui s’occupent des productions religieuses ainsi que des spécialistes des différents codes/typologies textuels : il suffit de citer, à cet égard, l’apport essentiel qui peut venir des épigraphistes et des papyrologues strasbourgeois pour une compréhension des faits religieux qui ne se limite pas aux produits textuels ‘cultivés’ et reconnus comme normatifs. En outre, un regard nouveau pourra être porté dans cet ITI sur l’étude des textes fondateurs et de la littérature doctrinale en vertu de l’attention portée par beaucoup de ses chercheurs à l’intersection entre genres littéraires et élaboration théologique dans les différents systèmes religieux. Mais une perspective épistémologique encore plus novatrice dans l’approche des textes dans cet ITI sera produite par les interactions entre la philologie et les autres disciplines représentées dans l’institut

2) Opération « Intertextualité ».  L’étude de l’intersection entre ces textes (intertextualité) comme manifestation fondamentale d’une dimension interreligieuse permettra de mieux saisir les modalités de communication/échange entre les différents phénomènes/groupes religieux. Au centre de cet effort de compréhension philologico-historique des textes religieux il y aura, en effet, la reconstruction du milieu culturel de référence, c’est-à-dire du réseau des rapports que les textes et leurs auteurs ont instauré avec les textes que les précédent et avec ceux qui leur sont contemporains. En effet, l’approche intertextuelle se révèle fondamentale pour recomposer dans un cadre historiquement fondé les rapports entre les textes religieux ou théologiques et pour mieux saisir les modalités de communication entre les différents phénomènes/groupes religieux, qui se sont traduits soit dans un dialogue/échange soit dans l’opposition/polémique.  

3)  Opération « Tradition ». L’élaboration des traditions textuelles religieuses sera mise en lumière par l’étude des processus de canonisation, de réception et d’interprétation multiforme des textes fondateurs. Dans cette perspective, l’étude des transmissions textuelles dans les domaines religieux se configure non seulement comme reconstruction scientifique des parcours à travers lesquels les textes nous sont parvenus, mais aussi comme témoignage de la réception de ces textes dans les différents groupes religieux, de leur sélection/transformation/cristallisation visant à constituer des textes normatifs, et des processus complexes socio-culturels à travers lesquels on a attribué à certains textes un caractère sacré. On étudiera ainsi attentivement la constitution progressive de traditions interprétatives et doctrinales différentes, et des modalités à travers lesquelles, sur la base de cette définition d’un cadre normatif, on a repoussé aux marges certains textes, en en déterminant très souvent la disparition.

 

Les activités de cet axe, conformément aux trois opérations définies ci-dessus, se dérouleront concrètement autour des actions-‘phare’ suivantes :

Action 1 – La mise en place d’une collection d’ouvrages, co-dirigée par Luana Quattrocelli (UMR 7044 Archimède) et Michele Cutino (UR 4377 TCSR) spécifiquement consacrée à l’édition, au commentaire et à la traduction des textes religieux de référence, avec une attention particulière aux œuvres jamais publiées.

Action 2 – La constitution d’un réseau international de chercheurs et enseignants-chercheurs sur les textes poétiques anciens et médiévaux de contenu exégétique et théologique (GIRPAM), coordonné par Michele Cutino (UR 4377 TCSR), visant à montrer les interactions entre langages et codes différents dans les ‘réécritures’ des différentes traditions religieuses.

Action 3 – La mise en place du groupe « Qur’an and Late Antiquity » entre chercheurs de différentes facultés et laboratoires de l’Unistra, piloté par Anne-Sylvie Boisliveau (UMR 7044 Archimède) et Thierry Legrand (UR 4378), avec l’aide de Houssaine Oussiali (UMR 7044 Archimède), qui permettra d’œuvrer à la mise en contexte du Coran dans une histoire plurielle et selon les critères rigoureux de la critique historique.

Action 4 – Le programme d'édition critique des œuvres complètes de Jean Gerson (acteur crucial de l'histoire religieuse au Moyen Âge), co-porté par Isabelle Iribarren (UR4377 TCSR) avec une équipe franco-américaine, visant la réévaluation de la transmission des œuvres de Gerson.

Action 5 – Création d’un groupe de travail transversal à l’ITI, comprenant en premier lieu les historiens des religions, les philologues et les canonistes, sur la fixation normative des textes fondateurs et sur les opérations de sélection qui ont conduit à la formation des différentes traditions religieuses et, par conséquent, à la constitution de traditions parallèles non canoniques.

Action 6 – Un programme de recherche intégrée sur les origines du christianisme , visant, à travers l’apport des philologues, des sociologues, des anthropologues et d’experts d’histoire comparée de religion compris dans l’ITI, à une interprétation pleinement historique de la naissance des premiers faits et groupes chrétiens.

Action 7 – Un programme de collaboration avec la bibliothèque « Estense » de Modène, piloté par Luana Quattrocelli  (l’UMR 7044 Archimède) pour l’étude et la valorisation du fond des manuscrits grecs produits pendant et après le Concile de Ferrare-Florence (1438-1439) sur l’unité des Églises, et appartenus au cardinal Bessarion, puis à Alberto Pio II da Carpi : catalogage des manuscrits, digitalisation et mise en ligne avec un apparat de méta-données d’ordre paléographique, codicologique et historique.

Axe thématique 2 – « Identités et altérités »  Responsables : CAMPO Daniela, FRICKER Denis, SANCHEZ Jean-Noël

Cet axe a pour objectif d’identifier les marqueurs identitaires et les convictions partagées ; d’expliquer les tensions entre différences, logiques de démarcation d’une part, et idées, convictions partagées d’autre part. L’identité elle-même se construit sur des valeurs et des pratiques communes. Elle se décline à travers deux dimensions principales : le même qui affilie à un groupe, mais distingue de l’autre ; la permanence qui structure, mais est constamment à renégocier face à l’autre.

1) Opération : Contextes spatiaux, culturels et historiques.

La contextualisation – l’étude serrée des contextes spatiaux, culturels et historiques – constitue une étape fondamentale vers une évaluation critique des identités religieuses et de leur rapport à l’altérité. L’analyse précise de marqueurs identitaires et de tabous permet ainsi de circonscrire les frontières, exclusives ou inclusives, de communautés grâce à des critères anthropologiques réévalués selon des contextes spatio-temporels divers. Les pratiques alimentaires et de commensalité, le rapport à la nudité ou à la souillure ainsi que les pratiques sexuelles ou matrimoniales (monogamie, polygamie, polyandrie, endogamie, exogamie) constituent, parmi d’autres encore, des lignes de séparation entre systèmes religieux et sociétés, entre individualité et altérité.

À titre d’exemple, dans les années 1990, l’exploitation par Jerome H. Neyrey, exégète historico critique du Nouveau Testament, des travaux d’anthropologie sociale de Mary T. Douglas sur la souillure et le tabou lui permit de préciser et réévaluer les frontières entre les toutes premières communautés chrétiennes et le monde juif, indépendamment d’une typologie classique de l’accomplissement.

Plus récemment, le recours aux études dites postcoloniales ont permis d’affiner la compréhension des rapports entre des minorités religieuses face à des identités imposées par des puissances colonisatrices, notamment dans le contexte antique de l’impérialisme romain face au judaïsme ou au christianisme naissant.

2) Opération : Distorsion et dialectique entre normes et réalités

L’étude du décalage récurrent entre normes [et fondements ?] religieuses d’une part, et réalités et quotidien relationnels d’autre part, éclaire à la fois les logiques identitaires, la construction du regard et du discours sur l’autre croyant, et les dynamiques de relations qui s’instaurent malgré tout entre communautés, groupes voisins appartenant à des religions différentes.

En effet, le discours normatif fondé sur la tradition et des principes doctrinaux spécifiques a pour objectif principal et pour conséquence de définir le groupe qui les produit ; mais il conduit aussi à le séparer, à le démarquer des autres communautés religieuses, qu’il n’apprend à connaître que progressivement à travers le temps long. Tandis que les rapports qui s’instaurent entre ces groupes dans le quotidien des relations de voisinage ou de poursuite d’objectifs pragmatiques partagés – diplomatie, commerce, dimension souvent pratique des savoirs transférés – témoignent de relations qui peuvent être plus détendues, voire constructives, même si elles ne sont pas non plus exemptes de rivalités.

Toutefois, la distorsion entre ces normes religieuses et les réalités relationnelles expérimentées, conduit aussi en retour, parfois et très progressivement, à certaines restructurations, à certains assouplissements doctrinaux, dans une lente logique dialectique, qui n’est d’ailleurs pas symétrique selon les groupes en relation – en témoigne par exemple l’assouplissement officiel des interdits de commerce entre chrétiens et musulmans au milieu du XIVe siècle, après une longue phase de strictes prohibitions pontificales dans les faits inapplicables, auxquelles répondent également bon nombre de fatwas, dont certaines font cependant preuve de pragmatisme en cas de pénurie et de disette (fatwa d’al-Mazari fin XIe-début XIIe s.).

L’étude des progressives différences de perception de l’autre religieux, exprimées d’une part par les représentants de la norme (clergé, théologiens, savants…) et simples fidèles (en particulier les laïcs) devra faire l’objet d’enquêtes minutieuses (re)valorisant en particulier les témoignages de ces derniers qui, par définition, ne font pas autorité pour s’exprimer et qui sont souvent peu nombreux. Leur apport est, en effet, essentiel pour comprendre et mesurer la distorsion entre normes religieuses et réalités relationnelles (on pense en particulier au regard potentiellement différent des ecclésiastiques et des laïcs chrétiens sur les musulmans lors de leurs voyages en pays d’Islam, notamment lors des pèlerinages à Jérusalem, alors que la ville appartient à un pouvoir musulman ; de même qu’aux premières figures d’intellectuels laïcs qui émergent à la fin du Moyen Âge - Brunetto Latini, Dante - et expriment parfois un regard différent, voire plus nuancé sur l’autre religieux). De même en est-il des voyageurs, explorateurs, intellectuels et savants ayant parcouru les Amériques ou le continent asiatique jusqu’aux confins de l’Extrême-Orient et de l’Asie du Sud-est.

La thématique des relations qui s’inscrivent dans le temps long entre juifs, chrétiens et musulmans, groupes eux-mêmes pluriels, non homogènes qui ne sont pas exempts de rivalités internes, illustre la plupart des phénomènes précédemment décrits dont l’étude mérite cependant d’être approfondie et affinée par un travail interdisciplinaire d’envergure, mobilisant en particulier historiens, sociologues et anthropologues. Ces travaux, qui porteront sur d’autres interrelations (polythéisme égyptien/grec ; brāhmanisme/śrāmanisme ; hindouisme/islam ; bouddhisme/taoïsme/confucianisme, bouddhisme/shintoïsme, etc.) seront notablement enrichis par une collaboration avec l’opération intertextualité de l’axe thématique I, avec laquelle ils ont vocation à s’articuler.

3) Opération : Emotions et affects

L’impact des émotions et affects sur les définitions identitaires et la perception de l’autre croyant joue un rôle-clé, trop souvent sous-estimé, voire nié, qui nécessite donc une étude attentive.

Celle-ci devra identifier et définir les émotions liées à l’expression de la foi et à la confrontation avec l’altérité, la différence religieuse, qui ne s’expriment, ni ne sont nommées de la même manière à travers le temps – cf. les « passions de l’âme » médiévales mises en évidence par les travaux sur ce thème de Damien Boquet et Piroska Nagy – ou selon les différentes cultures (larmes, transe, glossolalie, colère, zèle…).

L’instrumentalisation de ces émotions et affects doit en particulier faire l’objet d’enquêtes minutieuses visant à en expliquer les mécanismes et les finalités. Le défi que représente cette tâche peut être relevé par une démarche interdisciplinaire large regroupant historiens, en particulier des religions, anthropologues et sociologues. Il gagnera aussi à s’élargir aux travaux entrepris en sciences expérimentales, en neurologie en particulier – qui visent à étudier l’impact des émotions sur des décisions et des actions censées relever d’un comportement rationnel.

Axe thématique 3 – « Religion et Politique »  Responsables: HUMM Michel, KAYNAR Erdal

Le programme vise à décloisonner les représentations sur les religions et le fait religieux, souvent binaires et idéologiquement orientées (sacré/profane, monothéisme/polythéisme, religion/magie, libéral/intégriste, etc.), et a pour finalité d’étudier, dans une perspective comparative, les systèmes religieux qui ont existé ou qui sont aujourd’hui encore vivants dans leur mode de fonctionnement interne et dans leurs interactions avec leur environnement sociétal. La recherche thématique interdisciplinaire et transversale, « Re-structurations religieuses : transformations internes et interactions externes », s’appuie tout autant sur l’étude textuelle et intertextuelle, sur la fabrique des identités et des altérités, sur les frontières sociétales entre religions et pouvoir politique, sur les pratiques rituelles et leurs objets matérialisant la croyance ainsi que sur les interactions entre religions, pratiques sexuelles et genre.


Aussi, l’axe Religions et Politique a pour objet d’étudier dans une perspective dialectique et interdisciplinaire les relations réciproques entre le fait religieux – entendu dans sa double acception étymologique à la fois grecque (thrēskeía) et latine (relegere & religere), qui désigne à la fois une communauté avec les dieux (avec ou sans croyance transcendantale) et un système d’obligations et de pratiques induit par cette communauté – et politique – entendu ici dans son sens large pour désigner à la fois l'organisation et l'exercice du pouvoir dans une société organisée et l’existence d'une communauté civique, ethnique ou nationale organisée selon des règles communes – afin de saisir les particularismes s’inscrivant dans les courants de pensées et transcendant le politique tout en mettant en scène le fait religieux.


Dans le cadre des activités de l’axe, nous proposons plusieurs moments forts de réflexion scientifique en lien direct avec la formation:
Séminaire de Recherche pluriannuel de l’Axe « Religions et Politique »


Ce séminaire de recherche a pour objet de recentrer la réflexion scientifique sur les concepts et notions de Pouvoir et de Religion, dans une dimension à la fois pluridisciplinaire et panchronique. Ce sera l’occasion de donner la parole à d’éminents collègues d’universités françaises et étrangères, chaque conférence sera suivie d’une discussion initiée par un discutant. Ce séminaire de recherche pluriannuel se déroule dans un premier temps sur trois années (septembre 2021 à juin 2024). Le colloque international à la fin de la troisième année (automne 2024), reprenant les temps forts de chacune des années du séminaire, nous permettra de redessiner trois autres années de séminaire de recherche (septembre 2025 à juin 2028).


Durée de chaque séance du séminaire de recherche : 2h
Périodicité : une fois par mois
Public : Master/ Doctorants/ collègues chercheurs
Lieu : Université de Strasbourg
Thématiques annuelles :
- Première année (2021/2022) : Religion d’Etat/ religions dans l’État
- Deuxième année (2022/2023) : Relations complexes entre Nation – Umma – Religion
- Troisième année (2023/2024) : Les minorités religieuses et la reconnaissance/ tolérance
étatique


Ecoles d’été/d’hiver :
Ces écoles s’adresseront aux étudiants de master 2 et aux doctorants, de France et de l’étranger, sélectionnés sur la base d’un dossier (parcours d’études, résultats et thème de recherche).
Lieu : Strasbourg. D’autres lieux sont en cours d’exploration.
Durée : trois journées (arrivée la veille – départ en fin d’après-midi le troisième jour)


Master Class :
Les Master Class seront le lieu d’échange avec des chercheurs spécialisés sur une thématique de notre axe. Elles donneront lieu à une collaboration rapprochée dans le cadre de séminaires
de recherches d’une part, et de publications scientifiques d’autre part.


Contacts :
Michel Humm : michel.humm@unistra.fr
Erdal Kaynar : kaynar@unistra.fr

Axe thématique 4 – « Pratiques rituelles : gestes, objets et représentations »  Responsables : DONNAT Sylvie, LEFEVRE-NOVARO Daniela, LEFRANC Philippe

Cet axe thématique est consacré aux pratiques rituelles en contexte religieux. À l’instar des interactions sociales, les rapports entre les humains et les puissances invisibles s’établissent à travers divers langages faits de gestes, de paroles, de sons et d’images que l’on rassemble sous la désignation générale de « pratiques rituelles ». Cela inclut les cérémonies du culte, public ou domestique, les rituels rythmant la vie individuelle et collective, les lieux et les objets impliqués dans ces cérémonies, les pratiques marquant l’identité du groupe (symboles et représentations figurées, normes vestimentaires, règles alimentaires, tatouages, etc.). Les comportements rituels au sens large constituent autant de codes symboliques, culturellement définis, qui se prêtent par excellence à une approche interdisciplinaire. Historiens des textes, de l’art et des sociétés, archéologues, sociologues et ethnologues sont impliqués dans cet axe thématique qui sera décliné en quatre opérations de recherche et de formation articulées entre elles :

  1. Épistémologie du rituel : s’associe, pour commencer, au programme transversal « Gestes rituels, traces matérielles et interprétations » de l’UMR 7044 – Archimède et prendra sa succession à la fin de l’actuel quinquennal (2018-2022) (J.-M. Husser).
  2. Archéologie du rituel (D. Lefèvre-Novaro)
  3. Ethnographie et matérialité du rituel (A. Clerc-Renaud)
  4. Image, ritualité et religions (D. Lefèvre-Novaro)

1) Épistémologie du rituel : cette opération entend poursuivre la réflexion déjà engagée depuis 2013 dans le programme transversal « Gestes rituels, traces matérielles et interprétations » de l’UMR 7044 – Archimède. La problématique est spécifique aux disciplines historiques (archéologie, histoire, philologie), car le geste est un objet éminemment éphémère et qui laisse peu de traces. Si le sociologue et l’ethnologue peuvent étudier des comportements par simple observation de terrain, les historiens au sens large doivent se contenter de les déduire de traces souvent très ténues laissées dans les objets, les textes, les monuments, les vestiges archéologiques. De ce fait, l’objectivité du geste rituel, évidente à l’observateur direct, résulte, pour l’historien, d’une interprétation préalable des traces qu’il est supposé avoir laissées. La reconstitution des pratiques rituelles dans leur matérialité pose donc une véritable question épistémologique aux disciplines historiques en général : en dehors des témoignages textuels ou iconographiques qui les évoquent, souvent de façon allusive ou stéréotypée, la réalité des gestes rituels n’est accessible que de façon indirecte à travers des témoignages (textes, artefacts, restes archéologiques) qui n’en transmettent que des traces plus ou moins évidentes. A quelles conditions l’interprétation de ces faits permet-elle de connaître la réalité des gestes rituels ? Les catégories que nous utilisons (sacrifice, rites d’institution/de passage, pèlerinage, temple, autel, etc.) sont-elles toujours pertinentes dans l’analyse des rituels et de leur contexte matériel et iconographique ?

2) Archéologie du rituel : dans un cadre géographique et chronologique large (mondes méditerranéens, proche-orientaux et égyptiens ; âges du Bronze et du Fer), cette opération concernera l’étude des pratiques rituelles qui englobent des comportements, des lieux et des objets à caractère symbolique, en tant que témoignages de l’évolution des sociétés dont elles sont issues. Les traces matérielles des rituels (vestiges architecturaux, ossements, ex-voto, paraphernalia, etc.) seront étudiées dans une perspective interdisciplinaire, en tenant compte aussi des attestations conservées dans les sources écrites (textes, inscriptions), afin de restituer les gestes et les actions dans leur intégralité.Il s’agira, entre autres, d’analyser le déroulement des cérémonies de culte (public et domestique), les rituels qui rythment la vie individuelle et collective, les pratiques marquant l’identité d’un groupe, les contextes spatiaux où ces pratiques se déroulent (sanctuaires, temples, nature sauvage sacralisée, etc.) ainsi que les acteurs et les divinités impliqués dans les rituels.

3) Ethnographie et matérialité : cette opération approfondira les questions posées par la description ethnographique et l’analyse des rites en tant que dispositifs matériels combinant gestes, paroles et objets, qui mettent en relation des acteurs sociaux et des entités invisibles d’une part, des acteurs sociaux entre eux d’autre part. La réflexion sera développée autour de la matérialité de ces assemblages composites (inscriptions socio-spatiales, statut de l’objet, anthropomorphe ou non, gestuelle de manipulation). Visant à une meilleure compréhension des modes de fonctionnement et de la performativité du rite, l’opération visera aussi à élucider, en contextes (à partir d’études de cas), à quelles conditions ces assemblages composites constituent des « modes sociaux de signification », c’est-à-dire des langages rituels.

4) Image, ritualité et religion : à travers l’étude de cas spécifiques dans des aires chrono-culturelles variées, cette opération entend éclairer le rôle joué par l’image dans l’histoire des religions des mondes antiques et contemporains en croisant les perspectives historiques, anthropologiques, iconographiques et archéologiques. Dans le cadre d’un dialogue fécond entre spécialistes de différentes disciplines, une attention particulière sera portée aux problèmes de méthode qui se posent à ceux qui tâchent d’interpréter les images en relation avec les contextes religieux. Parmi les thématiques qui seront au cœur de cette opération mentionnons : la place de l’image à caractère religieux dans la définition de l’espace public et domestique ; les typologies, les fonctions et les modes de circulation de l’image dans les différentes stratégies du rituel, les phénomènes d’iconophilie et d’iconophobie, le rôle joué par l’image religieuse dans l’expression des identités culturelles, les usages spécifiques liés aux nouvelles techniques de multiplication des images numériques (fixes ou animées) dans les pratiques et les représentations religieuses.

Axe thématique 5 – « Sexe, genre et religions »  Responsables : KIM Kyong-Kon, RENDU-LOISEL Anne-Caroline, SCHAAL Sandra

Partant du constat que les rapports entre trois dimensions humaines fondamentales, en l’occurrence le sexe, le genre et la religion, constituent dans l'histoire un observatoire privilégié des recompositions et restructurations sociales et politiques, l’axe thématique intitulé « Sexe, genre et religions » s’intéressera aux constructions sociales et juridiques du genre par les différentes religions en interaction avec la société et le pouvoir en place. Il examinera ainsi, en perspective comparée, diachronique et interdisciplinaire, la sexualité et les relations sociales homme-femme au sein – ou en marge – des traditions religieuses, saisies sous le rapport à la fois des normes et des pratiques. Outre la pertinence des thématiques envisagées, l’une des originalités de l’axe consistera notamment en l’interdisciplinarité favorisant une collaboration confluente entre les ethnologues, les archéologues, les philologues, les sociologues et les historiens, spécialistes des domaines aussi divers que le monde suméro-akkadien à partir de la naissance de l’écriture, l’Antiquité gréco-romaine, le bassin méditerranéen, l’Asie et l’Extrême-Orient.

L’université de Strasbourg se constitue depuis plusieurs années en pôle de recherche dynamique sur le thème du genre. Notamment, les champs de recherche, tels que « le rapport homme-femme », « l’homosexualité féminine dans les sources antiques », « le lien entre genre et politique dans notre société contemporaine », « la construction, la transmission et la transgression des normes et des identités masculines et féminines en Orient », « religions et inégalité des sexes », etc. ont été explorés et ont également fait l’objet d’enseignement dans différents départements universitaires ainsi que de colloques et de publications dont la dernière en date a été publiée en 2019 (Marie Bizais et Sandra Schaal, (ed.), Éducations sentimentales en contextes orientaux, PUS (coll. Études Orientales, slaves et néo-helléniques), 2019, 411 p.).

Fort de cet ancrage scientifique et institutionnel, l’axe « Sexe, genre et religions » se développera autour de deux thématiques principales : 1] genre et normes religieuses ; 2] normativité religieuse sexuelle et expressions collectives et individuelles, afin de mieux saisir la nature des rapports homme-femme au sein de différentes sociétés, d’une part, et d’examiner la probable procédure de légitimation religieuse de l’inégalité-hiérarchisation entre les sexes, d’autre part.

Thématique 1 : Genre et normes religieuses

Il importera ici, par l’intermédiaire d’étude à la fois philologique et comparée des documents canoniques, normatifs et juridiques issus de diverses traditions religieuses de différentes périodes, d’identifier la portée de celles-ci dans la construction des identités sexuelles et des rapports homme-femme. La variété des terrains abordés – régions polythéistes, univers sapientiels et sociétés monothéistes, antiques et modernes – et des acteurs du religieux (prêtres, moines, laïcs, etc.) permettra de mettre en lumière la divergence des normes religieuses quant à la sexualité et au genre hiérarchisé, mais aussi la récurrence de certaines d’entre elles reposant sur une anthropologie commune.

Thématique 2 : Normativité religieuse sexuelle et expressions collectives et individuelles

Il s’agira ici d’identifier et de comparer les comportements divers et variés des personnes en tant que collectivités ou individus face aux codes religieux d’identités sexuelles : adhésion, soumission, désapprobation, résistance et dissidence. Dans ce cadre, il est à envisager d’aborder, entre autres, les mouvements de défense d’orthodoxie sexuelle, l’apparition du féminisme religieux, l’homosexualité, la transsexualité, etc. La diversité des spécialistes de l’HiSAAR offrira l’opportunité de mieux saisir l’adhésion ou la distanciation entre les croyants et les institutions religieuses émettrices des codes et des traités normatifs. À travers cette recherche fondamentale, ce sont ainsi les représentations anthropologiques de l’Homme, construites par les tenants des institutions religieuses, qui seront analysées et comparées tout autant dans la chronologie longue de ces traditions religieuses en regard des avancées sociétales de leur temps, qu’entre celles-ci afin de déterminer les structurations spécifiques que chaque tradition a opérées par nécessité ou par emprunt à un moment donné de son histoire en fonction de facteurs sociétaux singuliers.